Dossier de mécanisme
Commandement des camps, mise à mort et évacuation
Administration, commandants et spécialistes reliaient travail forcé, installations de mise à mort, élimination des corps et évacuation, selon des fonctions distinctes.
Le système concentrationnaire reliait la direction centrale exercée par l’Inspection des camps de concentration et le SS-WVHA aux bureaux des différents commandants, aux services spécialisés, aux unités de garde et aux commandos de détenus. Un commandant coordonnait le camp sans accomplir personnellement chacun des actes de ses subordonnés. Inversement, une fonction technique spécialisée pouvait impliquer une action directe sans donner autorité sur l’ensemble du camp.
À Auschwitz, la division du complexe doit être prise en compte. Rudolf Höss, Arthur Liebehenschel, puis d’autres structures exercèrent le commandement à des périodes et à des échelons différents, tandis que le service politique dirigé par Maximilian Grabner remplissait une fonction policière et d’enquête distincte. L’autorité de Liebehenschel, commandant d’Auschwitz I et de la garnison, ne doit pas être étendue jusqu’à lui attribuer personnellement chaque ordre émanant du commandement distinct de Birkenau.
Stutthof rend particulièrement visible la relation entre commandement, mise à mort et évacuation. Le jugement ouest-allemand définitif a retenu que Paul Werner Hoppe avait ordonné le gazage de détenus juifs jugés inaptes au travail ; d’autres éléments documentent l’administration du travail forcé et l’ordre d’évacuation qu’il donna. Sa condamnation à neuf ans portait sur les faits liés aux gazages, non sur l’ensemble du système de travail forcé ni sur chaque meurtre commis pendant la marche de la mort.
À Majdanek et Auschwitz-Birkenau, Erich Mußfeldt dirigeait le travail des crématoires et les opérations d’élimination des corps. Cette fonction documentée dans la dissimulation des meurtres de masse doit être distinguée de l’ordre, donné à un échelon supérieur, de déclencher l’Aktion Erntefest. La lecture croisée des commandants et du personnel spécialisé reconstitue une chaîne sans attribuer à chacun tous les crimes qui y furent commis.
La chaîne
- 1directives de l’Inspection des camps de concentration et du SS-WVHA
- 2commandement du camp et répartition des responsabilités entre services
- 3sélection, administration du travail forcé et fonctions spécialisées dans la mise à mort
- 4gazages, crématoires et élimination ou dissimulation des corps
- 5ordre d’évacuation, colonnes de marche et violences des gardes
- 6procès d’après-guerre et portée circonscrite du jugement
Profils liés à ce mécanisme
Cercle III
Rudolf Höss
commandant d’Auschwitz, puis inspecteur adjoint des camps de concentration
condamné en Pologne et exécuté en 1947Cercle V
Josef Kramer
commandant de Natzweiler-Struthof, de Birkenau et de Bergen-Belsen
condamné par un tribunal militaire britannique et exécuté en 1945Cercle V
Maximilian Grabner
chef du Département politique de la Gestapo au camp de concentration d’Auschwitz
exécuté en 1948Cercle V
Paul Werner Hoppe
commandant du camp de concentration de Stutthof de septembre 1942 au printemps 1945
condamné définitivement en Allemagne de l’Ouest à 9 ans d’emprisonnement ; mort en 1974Cercle V
Arthur Liebehenschel
commandant d’Auschwitz I et commandant de la garnison d’Auschwitz, puis commandant du camp de concentration de Lublin-Majdanek
condamné à mort par le Tribunal national suprême ; exécuté en 1948Cercle VII
Erich Mußfeldt
chef du crématoire et du kommando chargé de l’élimination des corps au camp de concentration de Lublin-Majdanek, puis responsable de la surveillance des crématoires à Auschwitz-Birkenau
condamné à mort par le Tribunal national suprême ; exécuté en 1948Sources de départ
Chaque profil lié présente son propre corpus de sources et ses limites. Les références ci-dessous introduisent le mécanisme dans son ensemble.